Le marathon du dessert

Lorsqu’on y a goûté, lorsqu’on en est devenu l’adepte indéfectible, lorsqu’on l’aime sincèrement, intensément, absolument, on finit bien par se poser la question : jusqu’où irait-on pour déguster une boughaïtsa ?

Mais d’abord : qu’est-ce ?

C’est très simple : d’un côté, nous avons le croissant, viennois primitif revisité depuis plusieurs siècles, et qui a atteint en France un niveau de maturité sans précédent.

D’un autre côté, nous trouvons la Tropézienne, merveilleuse gourmandise impossible à manger, sorte de Paris-Brest à emporter dont la signature est : sucre glace sur le nez et les doigts, traces de crème aux commissures des lèvres, air béat.

En Grèce, pays essentiel, on a depuis longtemps synthétisé le croissant tropézien. Qui s’appelle boughaïtsa.

La recette en est d’une simplicité mythique : feuilleté grec, donc croustillant et compact, enrobant une superbe crème pâtissière grecque, sans oeuf et parfumée à la vanille, mais aussi parfois à la rose ou la fleur d’oranger. Saupoudrage volatil de sucre glace et de cannelle.

Sortez du four, coupez en carrés, servez tiède.

Voici la combinaison qui me fait me lever le matin pour descendre jusqu’au port.

Ou, quand l’occasion se présente, à K…, où l’on trouve les meilleures de l’île.

A la sortie d’E…, un panneau annonce sobrement : K… 21 km.

Un semi-marathon.

Linéaire et côtier au début, qui s’enfonce progressivement dans les terres, le long de rudes montées, pour aller toucher Chora du bout de la semelle.

Les premières bornes insouciantes se transforment en pénibles mètres gagnés contre la pente, entre chèvres et rocs, sous l’abri des nuages accrochés par les crêtes. Le vent se lève à mesure que l’on monte, parfois un brouillard étrange nous englobe qui, s’accrochant au relief, semble épais et tenace partout autour, mais miraculeusement disparaît lorsqu’on le pénètre.

Sur A…, le ciel est haut, et variable, souvent.

Après Chora, il faut redescendre, 6 km pendant lesquels la foulée s’allongera, pressée par l’objectif, dans une longue succession de balcons vers la mer, jusqu’à K…

Précisément, une petite ruelle parallèle au port, en deuxième rideau, ruelle où se niche la belle pâtisserie Miel et Cannelle.

Là tout n’est qu’arôme et feuilleté, cannelle, sucre et volupté. Délaissant les propositions touristiques de loukoums et sablés au sésame, je me plante devant le présentoir où sont exposées les boughaïtsa pour me faire servir un carré de pâte encore tiède, croquante, abritant une crème onctueuse à peine compactée par son passage au four, qui tapisse la langue et le palais, me fait m’asseoir de plaisir. Les fines particules blanches et rouges tournoient autour de mon visage, de mes mains, se déposent sur ma peau. Qu’importe, je déguste !

Cette fois, je suis venu en car, j’avais un programme intense qui ne m’aurait pas permis d’arriver trempé de sueur – l’année prochaine, c’est dit, je le fais, ce semi-marathon du dessert.

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